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Abolir le changement d’heure pour la santé des Québécois.

Dernière mise à jour : 7 nov. 2022


Plusieurs associations de chercheurs sur le sommeil et la santé soutiennent l’abolition du changement d’heure et suggèrent de demeurer à l’heure normale. Pourquoi les gouvernements sont-ils si réticents à maintenir l’heure normale? En creusant un peu, on comprend que la question est plus complexe qu’il n’y paraît. En fait, le changement d’heure semble avoir des effets sur la santé des individus, mais aussi sur l’économie. Il est donc judicieux d’en peser le pour et le contre.


L’idée d’effectuer le changement d’heure a été attribuée à Benjamin Franklin. Ce dernier se serait réveillé un matin de 1784, à Paris, en découvrant que sa chambre était remplie de lumière naturelle. Lui qui avait l’habitude de se lever en après-midi, s’est mis à estimer les économies liées à l’utilisation de chandelles en soirée si les gens se levaient à l’aube pour travailler. [1]


L’heure avancée d’été a été utilisée pour la première fois durant la Première Guerre mondiale par l’Allemagne et la Grande-Bretagne. L’objectif était d'économiser l’énergie en augmentant la quantité de lumière naturelle le soir, et en diminuant les besoins pour l’éclairage électrique. En 1918, le Canada emboîte le pas et vote une loi pour instaurer l’heure avancée. Aujourd’hui, le changement d’heure est une décision provinciale.


En plus d’entrainer un prolongement de la lumière naturelle dans la soirée, l’heure avancée diminue la luminosité tôt le matin, où l’on présume que la majorité des gens dorment. Durant la semaine suivant l’avancement de l’heure, la perte de sommeil serait en moyenne de 15 à 20 minutes par nuit. [2] Les recherches montrent que le changement d’heure augmenterait les risques de problème de santé, aurait un impact négatif sur le fonctionnement cognitif des adolescents, et augmenterait légèrement le risque d’accidents de la route.


Les élèves du secondaire semblent plus touchés par le changement d’heure. En fait, les adolescents ont du mal à s’endormir le soir en raison de bouleversements biologiques qui entraine un décalage de la production de mélatonine. La mélatonine est une hormone de sommeil, sécrétée lorsqu’il fait noir. Lorsque l’on avance l’heure, les changements biologiques et l’augmentation de la lumière naturelle le soir peuvent perturber la production de mélatonine et l’endormissement des adolescents. Suivant le changement d’heure, la durée du sommeil moyenne des élèves du secondaire passerait de 7h50 à 7h19 par nuit. En plus d’augmenter la somnolence pendant la journée, des chercheurs ont observé des conséquences négatives sur les performances cognitives des élèves du secondaire, notamment au niveau de la vigilance et du temps de réaction. [3]


Des chercheurs ont aussi observé une augmentation significative des hospitalisations pour les accidents vasculaires cérébraux pendant les deux jours suivant les transitions d’heure à l’automne et au printemps. [4] Une méta-analyse a également trouvé une augmentation du risque d’infarctus du myocarde durant le changement d’heure au printemps. [5] Les causes des problèmes cardio-vasculaires ne sont pas encore bien connues. Certains pensent qu’en plus de la diminution de la durée du sommeil, la désynchronisation des rythmes biologiques, gérés par l’horloge biologique centrale, serait aussi en cause. Les perturbations de l’horloge biologique pourraient augmenter la production de marqueurs inflammatoires, et augmenter la fréquence cardiaque et la pression artérielle. [6]


Concernant les accidents de la route, les résultats de recherches sont moins clairs.[7] Toutefois, une étude incluant une très grande cohorte a montré une augmentation modeste du risque d’accident mortel durant la transition à l’heure avancée. [8]


Si l’heure avancée était adoptée en permanence, les adolescents et les travailleurs devraient se lever lorsqu’il fait noir, particulièrement lors des jours d’hiver. Puisque la lumière est un puissant synchronisateur de l’horloge biologique, ils seraient à risque de présenter un désalignement chronique de leurs rythmes biologiques. Ce qui peut augmenter les risques de problème de santé (obésité, hypertension, diabète, AVC, dépression) et de sommeil. [9]


D’un autre côté, l’heure avancée permet d’avoir plus d’ensoleillement en soirée pour la pratique d’activités physiques à l’extérieur, ce qui facilite le sommeil et le bien-être. Elle permet aussi d’avoir un effet positif sur l’économie puisque les gens consomment plus en soirée. Ils sortent pour souper au restaurant, se réunissent sur les terrasses, et vont magasiner.


Toutefois, l’aspect économique doit être révisé en fonction de l’évolution des technologies et des habitudes des consommateurs. L’économie d’énergie au niveau de l’éclairage électrique semble faible si l’on considère la technologie Del qui consomme très peu d’énergie. Au Québec, les coûts associés à l’éclairage électrique sont négligeables comparativement aux coûts liés à la climatisation et au chauffage. Le temps moyen d’ensoleillement augmente naturellement de janvier à juin pour ensuite diminuer, ce qui favorise les activités extérieures en soirée durant la période estivale même si l’on demeure à l’heure normale. Notons que la température extérieure a aussi un impact sur le choix de nos activités et nos habitudes de consommation. Ceci dit, les habitudes de consommation ont également évoluées pendant les dernières années puisque l’achat en ligne, qui n’est pas dépendant de l’ensoleillement ou de la température extérieure, prend de plus en plus d’ampleur.


Dans un contexte où la priorité gouvernementale est de protéger un système de santé fragilisé par la pandémie. Il serait avantageux que les décideurs envisagent le maintien de l’heure normale, considérant les risques du changement d’heure sur la santé de la population, mais aussi son impact limité sur le plan économique. Nous ne sommes plus en temps de guerre et l’abolition du changement d’heure pourrait être un moyen de protéger la santé des Québécois.


Dre Katia Gagnon, PhD, Neuropsychologue

Spécialiste du sommeil


Références

1. Prerau DS. Seize the Daylight: The Curious and Contentious Story of Daylight Saving Time. New York: Thunder's Mouth Press; 2005.

2. Sexton AL, Beatty TKM. Behavioral responses to daylight savings time. J Econ Behav Organ. 2014; 107:290-307. doi:10.1016/j.jebo.2014.03.012

3. Medina D, Ebben M, Milrad S, Atkinson B, Krieger AC. Adverse effects of daylight saving time on adolescents‟sleep and vigilance. J Clin Sleep Med. 2015;11(8):879-884. doi: 10.5664/jcsm.4938

4. Sipila JO, Ruuskanen JO, Rautava P, Kyto V. Changes in ischemic stroke occurrence following daylight saving time transitions. Sleep Med., 2016; 27-28:20-24. doi: 10.1016/j.sleep.2016.10.009

5. Manfredini R, Fabbian F, Cappadona R., et al. Daylight saving time and acute myocardial infarction: A meta-analysis. Journal of Clinical Medicine. 2019; 8(3):404. doi.org/10.3390/jcm8030404

6. Rishi MA, Ahmed O, Barrantes Perez JH, et al. Daylight saving time: an American Academy of Sleep Medicine position statement. J Clin Sleep Med. 2020;16(10):1781–1784. doi.org/10.5664/jcsm.8780

7. Carey RN, Sarma KM. Impact of daylight saving time on road traffic collision risk: a systematic review. BMJ Open 2017;7:e014319. doi:10.1136/ bmjopen-2016-014319

8. Fritz J, VoPham T, Wright KP Jr, Vetter C. A chronobiological evaluation of the acute effects of daylight saving time on traffic accident risk. Curr Biol. 2020;30(4):729-735.e2. doi:10.1016/j.cub.2019.12.04

9. Gu F, Xu S, Devesa SS, et al. Longitude position in a time zone and cancer risk in the United States. Cancer Epidemiol Biomarkers Prev. 2017; 26:1306-1311. DOI: 10.1158/1055- 9965.EPI-16-1029


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